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Plan décennal en cancérologie : apport du numérique dans le parcours de soin

Le plan décennal de lutte contre les cancers 2021-2030 pose les bases de l’amélioration de la qualité des soins en oncologie. L’un des leviers : le numérique, vecteur de protocoles thérapeutiques communs et de fluidification du suivi pour les patients.

Dans la Stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030[1], l’enveloppe d’1,4 milliards d’euros participe au financement de la réorganisation des soins en oncologie. La feuille de route ministérielle[2] associée à ce plan en révèle les enjeux, et donne une place importante au numérique[3] « pour un service de proximité aux personnes pendant et après, les traitements du cancer ». Principaux leviers :

  • Améliorer la prévention globale et le risque de récidive : 4 cancers sur 10 sont considérés comme évitables[4]. Sur les plateformes numériques , les patients peuvent compléter des questionnaires et recevoir des conseils sur les conduites favorisant la survenue d’une tumeur (consommation d’alcool, tabagisme, sédentarité, surpoids, troubles alimentaires…). Une solution pour agir sur les facteurs de risque individuels et/ou modifiables ;
  • Prévenir la dégradation de l’état de santé et améliorer la qualité de vie, malgré le diagnostic. Le besoin est net auprès des patients traités pour un cancer, notamment dans la gestion des effets secondaires : cinq ans après leur diagnostic, deux tiers d’entre eux souffrent de séquelles, liées à la maladie en elle-même ou aux traitements. Le ministère en charge de la Santé compte atteindre le tiers pour cette même donnée. La télésurveillance et le télésuivi constituent des pièces maîtresses à ce niveau. « La systématisation de la prise en compte des séquelles (…) suppose d’organiser les modalités de recueil et d’analyse pour permettre aux équipes de soins d’y répondre en particulier en les dépistant plus tôt», révèlent les auteurs de la feuille de route
  • Contribuer à l’équité et à la qualité des soins, en rendant la télésurveillance et le télésuivi médical accessible à toutes et à tous. Ces approches favorisent dans un premier temps la prise en charge hors de l’hôpital. Objectif, alléger au maximum l’invasivité de la prise en charge et la durée de l’hospitalisation, « en proposant chaque fois que c’est possible aux patients la possibilité de soins ambulatoires, au domicile le cas échéant. » Le recours au dépistage[5] est également favorisé via « des applications mobiles délivrant des informations et des rappels». La clé pour des thérapeutiques anticipées, et une priorité quand 90% des cancers pris en charge précocement peuvent se guérir
  • Guider le patient dans son protocole personnalisé. Sur les plateformes de télésuivi, toutes les étapes du parcours sont détaillées, en réponse à une « lisibilité́ de l’offre pas toujours satisfaisante et un accompagnement hétérogène». A ce niveau, la collecte numérique des données de santé participe à la prévention (toxicités médicamenteuses, intensité et perception de la douleur en post-opératoire, survenue de troubles anxieux liés à la maladie, suivi de de l’adhésion aux soins de support…). Elle contribue également à l’accompagnement du patient dans la transition maladie/guérison, « notamment par la remise de programme personnalisé de l’après-cancer[6] ». Le suivi à distance participe aussi à l’anticipation du risque de rechute et de récidive. Et tout au long de la surveillance, ce dernier rompt l’isolement du patient au quotidien. Les personnes peuvent « bénéficier d’un suivi adapté personnalisé, obtenir des réponses à leurs questions, en temps réel et en proximité notamment grâce à la e-santé ».

Le télésuivi permet donc de coordonner les équipes, de fluidifier le parcours de soin, d’informer le patient. Des points importants dans la prise en charge des cancers de mauvais pronostic. Dans ces situations, « l’annonce et le parcours font en effet l’objet d’une attention renforcée ». Les patients doivent pouvoir accéder « à l’ensemble des soins et soutiens nécessaires dans les meilleurs délais, pour éviter la perte de chance ». Les applications de télésuivi contribuent à la mise en place d’un suivi plus étroit, en mettant le patient et son équipe référente en communication interactive.

Zoom sur la désescalade thérapeutique

Bien prescrire est une chose. Moins prescrire en est une autre. C’est dans cette optique que la feuille de route aborde aussi le sujet de la désescalade thérapeutique. Soit la possibilité de diminuer les traitements en se concentrant sur les stratégies les moins nocives et les plus efficientes, avec le souci d’améliorer la qualité de vie du patient. Au cours de la désescalade thérapeutique, le télésuivi médical joue un rôle important. Il évalue l’efficacité de cette approche, en mettant en place le recueil des données médicales en vie réelle, pour se prononcer au cas par cas. « Il est impératif (…) de questionner, avec les patients, le [rapport, ndlr] bénéfice /risque à envisager une désescalade thérapeutique. »

Le mot du Pr Christophe Tournigand, oncologue à l’Hôpital Henri Mondor, AP-HP

Au sein du service oncologie de l’Hôpital Henri-Mondor, « ONCO’NECT est devenu un outil de télésurveillance dans notre quotidien, qui nécessite la disponibilité de l’humain derrière l’écran », décrit le Pr Tournigand. « Cette solution nous aide à recueillir les alertes et les questionnaires des patients.

Comme il ne s’agit pas d’un outil désincarné, d’un algorithme, ONCO’NECT rassure hautement les patients. Pour les soignants la valeur ajoutée de cet outil tient à son interopérabilité, à sa souplesse et à sa capacité d’évaluation ».

« Il faut que ce soit le système de santé qui tourne autour du patient et pas l’inverse »,  Pr Christophe Tournigand, oncologue à l’hôpital Henri Mondor, AP-HP

 

« En oncologie, les patients viennent toutes les semaines ou tous les 15 jours pour faire une prise de sang, et nous avons également besoin de questionnaires itératifs après une chirurgie, avant ou après chaque chimiothérapie pour orienter au mieux la séance suivante, mais aussi pour évaluer le quotidien à domicile, garder le lien.

 Dans le service, la présence dune infirmière coordinatrice dédiée à ONCO’NECT permet de gagner du temps, de la sécurité et génère probablement un gain économique car l’activité en hôpital de jour est davantage organisée, fluidifiée ».

Accompagner le mouvement ville-hôpital

Dans le cadre de la stratégie décennale, l’usage et la pertinence de cet outil de télésuivi reflète à quel point « tout ne tournera plus autour de l’oncologue » dans la médecine de demain. De nombreuses tâches et compétences sont en effet déjà déléguées : « le temps infirmier mais aussi et le recueil des données ». La question centrale est celle de la sécurisation du patient à domicile, en gardant le lien grâce au numérique sans rester obligatoirement en contact physique permanent avec l’hôpital.

Le télésuivi répond également à la problématique du réseau ville-hôpital : « faire en sorte que l’on accompagne le patient avec tous les soins organisés en ville, au-delà du médecin traitant, au sein des maisons médicalisées et des CPTS par exemple ».

L’objectif étant de « faire coïncider les projets de soin et accentuer le lien avec le patient à domicile », pendant et après un cancer mais aussi auprès des patients en soins palliatifs dont l’isolement est encore très fréquent.

Dans un souci d’équité et d’accès aux soins, « nous expérimentons actuellement la mise à disposition de tablettes numériques pendant 1 an, pour favoriser l’usage de ces technologies auprès des patients déconnectés, et ne laisser personne sur le bord de la route », conclut le Pr Tournigand.

[1] 78 des 234 mesures de la Stratégie décennale de lutte contre les cancers seront instaurées courant 2021. Institut national du Cancer, le 23 mars 2021, Disponible, https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/static.hospimedia.fr/documents/213503/6515/CP_-_Strate%CC%81gie_de%CC%81cennale_de_lutte_contre_les_cancers_un_tiers_des_mesures_initie%CC%81es_en_2021.pdf?1616594937

[2] Ministère des Solidarités et de la Santé, La feuille de route 2021-2025 – Stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030, publiée à l’occasion de la Journée mondiale du cancer, 4 février 2021, Disponible, https://www.e-cancer.fr/Institut-national-du-cancer/Strategie-de-lutte-contre-les-cancers-en-France/La-strategie-decennale-de-lutte-contre-les-cancers-2021-2030/Une-demarche-collective-d-elaboration-de-la-strategie/Le-lancement-de-la-strategie

[3] Ministère des Solidarités et de la Santé, La feuille de route 2021-2025 – Stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030, publiée à l’occasion de la Journée mondiale du cancer, 4 février 2021 : « Développer la téléconsultation et télésurveillance pour un service en proximité aux personnes », action II.8.2

[4] L’objectif gouvernemental est de passer de 153 000 cancers évitables par an à 60 000 d’ici 2040.

[5] En France, les dépistages du cancer du sein, du colon-rectum et du col de l’utérus sont généralisés. Mais les taux de participation pour ces trois tumeurs respectives sont seulement de 49,3%, 30,5% et 59,5%. Les objectifs à atteindre de 70%, 65% et 70% (données Institut national du Cancer, 2018-2019)

[6] Ministère des Solidarités et de la Santé, La feuille de route 2021-2025 – Stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030, publiée à l’occasion de la Journée mondiale du cancer, 4 février 2021 : action II.9.6

L.Bourgault – Aurala Communication