Nouveal e-santé, expert dans la conception de solutions e-santé et dans le pilotage de projets de déploiements, accompagne plusieurs acteurs publics et privés du monde de la santé dans leurs projets.

Les freins et solutions face à l’innovation en santé numérique

Numérique en santé : quand les start-up et l’hôpital public innovent ensemble

Quels sont les freins et les leviers pour optimiser l’intégration des innovations en santé numérique dans le secteur hospitalier ? Aujourd’hui nous vous faisons la synthèse d’une webconférence organisée à ce sujet le 24 juin par Ambler et Bpifrance Le Hub. Nouveal e-santé était convié autour de la table pour cet échange pertinent, dynamique et nécessaire.

 

 

Dans le cadre du Ségur de la santé, la volonté du gouvernement d’accompagner la transition numérique est marquée par une enveloppe de 2 milliards d’euros. Une somme investie dès cet été au cœur des hôpitaux publics, de la médecine de ville et des EHPAD, pour faire aboutir les projets de partage et de sécurisation des données médicales.

 

Innover dans le secteur public hospitalier, voici donc le thème abordé par les 4 experts présents à la table ronde Ambler-Bpifrance Le Hub.

  • Julien Vallas, directeur général, Nouveal e-santé ;
  • Enguerrand Habran directeur du fond Recherche et Innovation à la Fédération hospitalière de France (FHF) ;
  • Mickaël Azoulay, directeur de la transformation numérique et des systèmes d’information à l’Institut Gustave Roussy ;
  • Mehdi Ben Abroug, CEO et co-fondateur d’Ambler.

 

Pour commencer, levons les amalgames sur ce que recouvre la notion d’innovation. « L’innovation est à considérer dans le sens de l’amélioration, un support transverse pour accompagner les activités », a rappelé à ce sujet Enguerrand Habran directeur du fond Recherche et Innovation à la Fédération hospitalière de France (FHF). En santé, on se réfère à la qualité de la prise en charge et à l’optimisation de la charge de travail des équipes de soins. La plus-value se situant du côté des gains de temps et d’énergie pour les professionnels médicaux, paramédicaux et le personnel administratif. L’innovation sous-entend par ailleurs un fort « besoin d’adaptation ».

 

 

« Des interlocuteurs très proches les uns des autres »

Zoomons sur deux exemples de projets territoriaux :

Premier exemple d’innovation collective, la plateforme Covidom. L’objectif était de trouver une solution pour éviter l’engorgement du système hospitalier, « en étant capable d’accompagner les patients gravement atteints par la Covid-19, et ceux suspectés de l’être et suivis à domicile », précise Julien Vallas, DG de Nouveal e-santé. « Il nous fallait aussi récolter des données pour suivre l’évolutions de l’épidémie, notamment par la télésurveillance* à l’échelle territoriale. Ce système fonctionne aujourd’hui par l’outil digital opéré par Nouveal e-santé, et un plateau de télésurveillance géré par des professionnels de santé chargés d’accompagner les patients. »

Ce projet a été très structurant, en lien avec le fort degré de réactivité et d’adaptation à grande échelle. En une année, 1,3 millions patients ont été suivis par Covidom en Ile-de-France. La clé pour ces coopérations efficientes entre la start-up, l’hôpital public et la médecine de ville : « construire le projet ensemble, avoir des interlocuteurs très proches les uns des autres pour arbitrer rapidement : cela crée de la proximité dans les équipes, booste la mobilisation des professionnels. » Un ADN de coopération territoriale à dupliquer !

 

 

Second exemple, l’enjeu de l’innovation dans le transport ambulatoire – secteur qui représente 5 milliards d’euros de dépenses (Assurance maladie) – relève précisément du la proximité et de l’organisationnel. A ce niveau, l’innovation apportée par Ambler est de « passer du mode logiciel au mode opérateur. Il faut pour cela tolérer de nouveaux dispositifs économiques », décrit Mehdi Ben Abroug, co-fondateur & CEO d’Ambler. Et la crise sanitaire a là aussi créé du lien sur les territoires de santé. « La crise sanitaire a permis à plusieurs membres du GHT d’aborder ensemble la problématique du transport sanitaire. L’attitude était celle de l’amélioration du fonctionnement. »

 

 

Simplifier et coordonner les interactions

Bien souvent, des freins culturels principalement organisationnels font cependant obstacle à la fluidité de l’innovation à l’hôpital. C’est par exemple le cas de délais de prises de décision et de lancement du partenariat dans le système complexe qu’est le milieu hospitalier, ainsi que des logiques d’achat bien différentes entre l’établissement et les start-up.

Contre ces freins, la FHF a récemment mis au point le guide Hospi-up. Le projet : favoriser l’exercice entre les start-up en e-santé et l’hôpital. Par quels moyens ? « En proposant un process complet de l’innovation, transverse entre le numérique et l’organisationnel. », précise Enguerrand Habran. Intégrer les innovations externes dans les hôpitaux nécessite en particulier :

 

 

  • « La mise en place d’un guichet unique» pour faire le pont entre l’innovation externe et l’intégration en interne. Concrètement, on parle d’un interlocuteur faisant le lien entre les praticiens et la start-up, pour une interaction simplifiée. Un point souligné par Mickaël Azoulay, directeur de la transformation numérique et des systèmes d’information à l’Institut Gustave Roussy. « L’innovation n’est pas performative, on ne fait pas de l’innovation pour faire de l’innovation, il faut être aligné avec les objectifs de l’établissement, en suscitant le sponsorship des établissements. Il faut aussi être un assembleur d’expertises plurielles (SI, data, juridique, financière, corps de métiers) ». Enfin les directeurs d’établissement se doivent de cultiver leurs connaissances de « l’écosystème numérique, de l’innovation technologique, de prendre le temps d’aller voir ce qui se passe en dehors des murs de l’hôpital » ;

 

  • Face à l’inertie du système de santé hospitalier dans les prises de décision, « il faut également du filtrage », souligne Enguerrand Habran. Par quels procédés ? En sélectionnant les projets de start-up en fonction des besoins spécifiques de la structure, du projet de l’établissement de santé et de ses objectifs stratégiques. Ce système génère un gain de temps précieux pour une coopération initiée rapidement ;

 

  • Le management du changement est également à penser pour amener une transformation, en l’occurrence prendre le virage du numérique. Auprès des professionnels, l’idée est d’agir sur deux leviers : celui de la motivation, en projetant l’amélioration d’une innovation dans le futur comparé au présent. Et le levier de la perception des équipes : comment les acteurs éprouvent-ils le service rendu ? Pour ce faire, il faut des gens externes à la start-up dédiés à la compétence du management du changement pour accompagner le déploiement d’une solution numérique dans le service. En bout de ligne, les soignants motivés entraînent une meilleure implication des patients dans leur soin. A Gustave Roussy, « depuis la fusion avec Nouveal, les taux de questionnaires remplis en ligne par les patients a doublé», décrit Mikaël Azoulay.

 

Pour généraliser ces réussites en termes d’innovation, il faut donc travailler sur la culture et la vision de l’établissement. La clé pour faire évoluer et financer les nouveaux process des secteurs hospitaliers. A ce sujet, les points essentiels de l’innovation numérique reposent enfin sur des modes de financement mixte. Et une scalabilité importante des solutions pour les projets de santé.

 

 

*système d’alertes et de questionnaires entre le patient, la médecine de ville et l’AP-HP pour bien orienter le parcours de soins

Source : « Quelle place pour les directions innovation dans le secteur public hospitalier ? », table-ronde Ambler et Bpifrance Le Hub, le 24 juin 2021

L. Bourgault – Aurala Communication